PostHeaderIcon Total concrétise ses ambitions dans le solaire avec SunPower

Nous voulons devenir un acteur global dans les énergies renouvelables.» C’est ainsi que Philippe Boisseau, patron des énergies renouvelables de Total, justifie l’offre amicale du californien SunPower, l’un des acteurs les mieux établis de l’industrie solaire américaine. Celle-ci porte sur 1,4 milliard de dollars pour 60 % du capital, soit une offre supérieure de 40 % par rapport au cours de la veille.  

Fondé dès la fin des années 1980 par un professeur de Stanford, Richard Swanson, qui avait mis au point un procédé pour améliorer le rendement des cellules solaires, SunPower a connu son premier décollage grâce à un contrat de la Nasaet, surtout, la prise de contrôle, en 2004, du fondateur de Cypress Semiconductors, T. J. Rogers. Légende de la Silicon Valley, ce pionnier des semi-conducteurs a aussi été l’un des premiers à croire en une reconversion de la région dans les énergies renouvelables.

Dès sa première cotation en Bourse, en 2005, la start-up a connu une croissance vertigineuse, atteignant 2,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, l’année dernière, pour 2,9 milliards prévus cette année. Elle est aujourd’hui la deuxième entreprise solaire américaine après First Solar.

SunPower doit essentiellement sa réussite au fait d’être parvenu à pour suivre l’innovation pour offrir un excellent rendement énergétique à ses modules, tout en se positionnant comme une entreprise solaire totalement intégrée, capable de fabriquer et de vendre des panneaux solaires dans le monde entier, pour les particuliers aussi bien que pour les fermes solaires de grande capacité. Cette intégration réussie est d’autant plus méritoire que Sun-Power, comme ses concurrents américains, assure se battre à armes inégales face à des rivaux chinois, largement subventionnés par leur gouvernement ou les régions dont ils sont originaires, et qui inondent le marché mondial de panneaux à prix cassés.

Total assure avoir mûri cette acquisition, à l’issue d’une période d’évaluation des différents acteurs technologiques du marché américain. Par rapport à d’autres firmes solaires de la Silicon Valley proposant des solutions plus en rupture technologique mais sans grande capacité de production, Total a choisi le partenaire le plus sûr, tant d’un point de vue technologique et commercial. Un choix également facilité par le fait que SunPower a perdu les trois quarts de sa valeur boursière depuis 2007. La faute à la crise économique mais aussi aux incertitudes qui entourent désormais la filière solaire américaine (coûts de revient élevés, incertitudes technologiques, etc.)

A l’inverse, l’offre de Total représente une réelle opportunité pour SunPower. « Nous avions besoin d’un partenaire industriel capable de financer la poursuite de notre croissance », admet Tom Werner, PDG de SunPower. Grâce aux moyens financiers, industriels et scientifiques que Total va mettre à sa disposition, SunPower espère quadrupler sa capacité de production d’ici à trois ans, pour atteindre 2.000 méga watt heures.

Pour autant, est-ce une bonne affaire pour Total ? A l’évidence, cette acquisition positionne d’emblée Total comme l’un des possibles futurs grands acteurs du marché mondial de l’énergie solaire. Toutefois, le pétrolier ne se prépare pas à changer fondamentalement de nature. « Le solaire n’est pas une énergie de substitution au pétrole », explique Philippe Boisseau. «Nous considérons tout simplement que la limite maximale de la production mondiale ne dépassera jamais 95 millions de barils par jour et, dans quelques années, cette quantité ne sera plus suffisante pour couvrir les besoins de tout le monde. » D’où la nécessité pour le groupe pétrolier de se diversifier. « Cette opération a beaucoup de sens pour Total, alors que le nucléaire est remis en question e t que le coût du pétrole et du gaz augmente»,  explique John Hardy, analyste de Gleacher & Co., à New York. 

Biocarburants et biomasse

En matière de renouvelables, Total ne mise pas que sur le solaire. Le français possède déjà 22% du capital d’Amyris, une autre vedette de la Silicon Valley, spécialisé dans les nouvelles générations de biocarburant, qui vient justement d’annoncer l’ouverture de sa première unité de production industrielle. Total a d’autres ambitions dans la biomasse, qui pourraient se concrétiser par une croissance organique plutôt que par des acquisitions, selon Philippe Boisseau. Si la diversification des sources s’impose pour les principaux groupes pétroliers de la planète reste à prouver que, malgré l’augmentation inévitable du coût des énergies fossiles, les renouvelables peuvent être un complément énergétique rentable. C’est dans ce pari que Total vient de se lancer.

Souce : Les Echos – MICHEL KTITAREFF

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